Lieu de tournage et shooting : l’espace privé comme espace médiatisé  

De plus en plus, les propriétés privées et habitations ouvrent leurs portes à de parfaits inconnus dans le but de location, échange, prêt… Mais elles se dévoilent aussi au plus grand nombre lorsqu’elles sont médiatisées comme lieu de tournage et de shootings. Une nouvelle activité de plus en plus courante qui séduit les hôtes…

De l’habitat au tiers-lieu ?

Ces derniers siècles, l’habitat a bien évolué. Alors qu’auparavant il rassemblait sous son toit plusieurs génération d’une même famille, il s’ouvre maintenant à de totals étrangers. Rien d’anormal, notamment dans les pays-Anglo saxo et leur culture du Bed&Breakfast ! Mais il s’agissait d’une véritable activité professionnelle. De nos jours, la maison fait partie de ces victimes de l’économie collaborative, repoussant les limites de l’intimité. On y loge des inconnus de manière éphémère (Airbnb mais aussi BelVilla, Abritel), on la prête, on l’échange (TrocMaison, Guest to Guest) et parfois on en confie même les soins à des particliers (le jobbing ou les conciergies). Les pratiques se diversifient pour dépasser la simple activité d’hébergement.

L’habitat devient une source de revenue complémentaire, un simple outil mercantile qui rejoint la philosophie du « Share Everyhting » : une loue sa place de parking (Parkadom), son jardin (jardins-privés.com), sa machine à laver (la machine du voisin) et même sa douche (Wateroom) ! Chaque produit devient une prétexte de partage… rémunéré.

La sphère professionnelle se mêle petit-à-petit aussi à la sphère privée : après avoir exploré les espaces de co-working, les cafés et restaurant, la maison devient une destination de réunion, de séminaire, d’évènements professionnels mais aussi de production. Lorsque la maison devient un lieu de tournage et de shooting, elle se transforme en un espace médiatisée. Elle n’est plus uniquement partagée avec des « invités », elle s’immortalise auprès du plus grand nombre.

L’habitat : un lieu de tournage privilégié

Et oui, les productions ne se résument par uniquement que par des grands studios hollywoodiens aux imposants fonds verts !

Les productions envahissent toute sorte de lieux atypiques et uniques faisant partie de l’espace publique ; Beyonce et Jay-Z ont déboursé pas moins de 40 000 euros pour tourner leur dernier clip au Louvres !

Paris tout particulièrement est une ville de prestige aux magnifiques décors qui attirent les plus grandes productions (comme Midnight in Paris de Woody Allen). Sans parler des publicités de parfums, de textiles de luxes, de haute gastronomie… qui adorent mettre en scène leurs égéries dans la capitale.

Midnight in Paris, de Woody Allen

Midnight in Paris, de Woody Allen

Mais les espaces de particuliers ont toujours été aussi des destinations de tournage évidentes. Par désir de réalité, mais aussi pour accéder à des espaces déjà habités d’une atmosphère et d’une histoire, ces espaces sont idéals et évitent d’avoir à créer de toute pièce un décor.

Les habitations de province ont longtemps été préférées : l’équation paradisiaque « villa – piscine » permettait aussi aux producteurs de trouver un environnement calme et tranquille pour tourner. Les émissions de Téléréalité sont un bon exemple de l’utilisation de villa et maisons provinciales. Pour certaine région, il s’agissait aussi d’un véritable enjeu de promotion de leurs villes et de valorisation de leur dynamisme.

Télé-réalité, la Villa des Marseillais à Marbella

Télé-réalité, la Villa des Marseillais à Marbella

La Belgique va même jusqu’à mettre en place une « taxe shelter » : elle vise à encourager les sociétés à investir dans les œuvres audiovisuelles via une réduction de son bénéfice imposable.

Mais aujourd’hui, les petits appartements et maisons cachées urbaines sont de plus en plus côtoyées. Après tout, c’est dans les villes que le cinéma vit !

Lorsqu’il s’agit d’utiliser son espace personnel comme lieu de tournage, les blogueurs et Youtubeurs ont été d’une forte influence. Tout en minimisant les coûts, ils établissaient une certaine proximité avec leur public et cela n’a jamais été considéré comme de l’amateurisme… bien au contraire. Qui ne se souvient pas de l’appartement emblématique de Norman fait des vidéos !

Pour les productions plus importantes, tourner en ville demande une certaine organisation qui peut parfois s’avérer délicate, tout particulièrement lorsqu’il s’agit de lieu tournage plus que de shooting.

Autorisations et administration, canalisation de la foule et/ou des passants, logistiques des livraisons… sans compter qu’il faut avoir un espace assez grand pour accueillir l’équipe, l’éclairage et le matériel. En moyenne, un espace doit au minimum faire 40m2 mais selon l’ampleur du tournage, il faut compter un espace 30% plus vaste que la moyenne.

La démocratisation des espaces privés comme lieu de tournage

Pour trouver la perle rare donnant un effet « wow » à la scène de tel ou tel film, on faisait appel à un « repéreur ». La recherche de décors naturels parfait est un job à temps plein et de longue haleine ; le repéreur est d’ailleurs l’un des premier à travailler sur la préparation d’un film.

Mais après avoir épluché toutes les maisons de France à la recherche de l’espace parfait, encore faut-il que l’hôte soit d’accord. La démarche était alors très « artisanal » : toquer à sa porte, discuter avec les propriétaires, les convaincre…

Mais le travail du repéreur a été simplifié avec l’arrivée de plateformes numériques, véritables outils de prospection. Les sites comme Airbnb se sont présentées comme de réels concurrents aux agences spécialisées plus traditionnelles. Parfois, il fallait payer un abonnement à ces dernières pour faire partie de leur base de données.

Les demandes de tournages sur la plateforme se sont multipliées, parfois à la plus grande surprise de l’hôte qui imagine son salon accueillant toute l’équipe de tournage du prochain Luc Besson !

Et cela en toute gratuité et avec un minimum d’effort.

Les nouvelles technologies ont permis une fois de plus de faciliter d’une part, et démocratiser d’autre part, une activité traditionnelle. Avec des plateformes collaboratives, les demandes de lieu de tournage peuvent être mieux ciblées et le processus s’en voit accéléré notamment grâce à une mise en relation directe.

Sur OfficeRiders par exemple, les tournages peuvent profiter de toute la diversité qu’offre les espaces de particuliers ; maisons Haussmanniennes, loft industriel, atelier d’artiste mais aussi des tiers-lieux comme des cafés, des restaurants…

On y trouve aussi des studios plus classiques qui mettent à disposition leur matériel professionnels : une solution plutôt avantageuses pour les shootings petits budgets.

Pour les hôtes, de nombreux avantages

Mais pour les hôtes aussi, cela change la donne. Les particuliers peuvent prendre eux-mêmes les devant en prenant l’initiative de proposer leur habitat en location. Ils peuvent totalement manager leur annonce : ils fixent eux-mêmes leur prix, ajoute des extras et peuvent définir leur propre règlement.

L’avantage majeur de proposer sa maison comme lieu de tournage ? La location à destination de la production représente une source de revenue bien plus importante que l’hébergement : en une journée de tournage, on peut toucher jusqu’à un mois de loyer (jusqu’à 2000 euros par jour) !

Mais attention, si le revenu est plus important, l’investissement l’ai également ; il ne faut pas avoir peur de voir son intérieur parfois complètement transformé pour répondre parfaitement aux exigences des réalisateurs. Murs repeins, déménagement de meubles, allées et venues des acteurs, techniciens, maquilleurs etc… Un véritable exercice de zenitude !

Pas d’inquiétude : les équipes s’assurent de rendre le lieux en parfait état et comme ils l’ont trouvé. De la même manière, la préparation du tournage peut faire office de plusieurs visites pour appréhender la lumière selon les temps de la journée.

En pratique, les hôtes sont aussi parfois très utiles sur les lieux pour pouvoir gérer les petits imprévus techniques ; alarmes, panne d’eau, l’arrosage, parfois intervenir auprès des voisins etc.…

Mais la plupart du temps, les organismes de productions s’engagent aussi à payer l’hôtel aux propriétaires s’ils ne souhaitent pas rester dans son espace parfois transformé en véritable camping !

Mais malgré toute l’organisation qui gravite autour des lieux de tournage, il s’agit souvent d’une expérience inoubliable pour l’habitant qui peut avoir la chance de voir les rouages d’un tournage en vrai et apprendre beaucoup sur ce milieu là.

Dorothée, une hôte de la marketplace OfficeRiders, a accueilli une cinquantaine de tournages. Elle a mis sa maison en location lors du tournage de LOL en 2008 et témoigne notamment dans Marie-Claire :

«Je suis tombée sur elle, en peignoir dans mon jardin, mais je ne l’ai pas reconnue tout de suite! »

La maison de LOL

La maison de LOL

Au-delà du sentiment d’accéder à une sphère assez privée, les hôtes retiennent aussi de cette expérience une certaine fierté ; voir sa maison au cinéma, c’est aussi avoir un peu l’impression de l’inscrire dans l’histoire.

Il s’agit un peu du même phénomène que sur Airbnb : grâce aux photographes qui shootent les appartements; on a souvent l’impression d’avoir affaire à des espaces dignes de catalogues design !

Au final, les notions de sphère privée et sphère professionnelle ont de moins en moins de sens de nos jours. On travaille à la maison ou dans des cafés comme s’il s’agissait de nos bureaux. On invite à la maison des équipes de travail. La question reste de savoir jusqu’à quel point peuvent être repoussées les limites de l’intimité ?

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